Armistice 11.11.21, la Guerre est finie et la fête aussi.

Nous connaissons tous la Guerre intérieure.
Cette lutte entre le vivant et le mortifère en nous.
Cette bataille entre ce qui veut nous faire grandir et ce qui veut nous maintenir petit.
Ces remous, tempêtes, émotions et pulsions incontrôlables qui nous maintiennent dans un passé souffrant et répétitif.
Nos croyances de petitesse, de médiocrité, de dépendance et d’ignominie nous ramènent sans cesse à notre manque de valeurs ou à notre manque d’estime de soi.

Et nous basculons, tel le Pendu dans le Tarot, pieds et poings liés, entre le sentiment de n’être à la hauteur de rien et le sentiment de ne valoir rien.
Entre doux-tyran et passif-agressif, chacun sa guerre, c’est de bonne guerre !

Nous sommes de bons petits soldats pour lutter contre le bonheur.
Mieux encore, nous sommes des guerriers redoutables pour ne pas grandir.
Nous ne voulons ni être heureux ni grandir.
Nous ne désirons pas porter cette responsabilité du bonheur.
Alors on préfère se faire la Guerre.
On préfère se déchirer et s’auto-avorter.

On choisit le déni de soi et l’auto-négligence.
Et parce qu’on se refuse l’auto-reconnaissance, on compense en remplaçant un besoin par autre.
Consciemment, subtilement, gentiment, silencieusement, inconsciemment ou de manière spectaculaire, nous enchaînons les fêtes de nos compensations qui alimentent et contribuent à notre auto-destruction.
Lentement mais sûrement, on choisit de se faire du mal.
Orgueilleux et apeurés par notre propre lumière, nous revendiquons notre liberté et notre rébellion alors que le monde entier sait, sauf nous, que nos nous sommes enchaînés à notre malheur.

Nous ne sommes pas libres, nous sommes en guerre.
Et plus ça gronde et plus la fête est intense, pressante, oppressante voire dangereuse.
Comme un long suicide lié à l’insécurité.
Nous sommes en lutte et nous résistons.
Nous résistons à voir le verre à moitié plein de nous-même.
Esclaves, nous sommes soumis à la peur du vide et nos manques dictent notre destinée.
 » Je ne suis pas à la hauteur de dieu et je ne vaux certainement rien à ses yeux.
C’est plus fort que moi : ce bonheur-là, celui d’accepter d’être né et de vivre pour le plaisir de vivre, n’est pas pour moi ! « 
L’heure du bonheur, c’est pas encore l’heure.

Oui mais, c’est à quelle heure alors ?
De guerre lasse répondrait notre souveraineté d’être, de guerre lasse !

Chaque année le calendrier nous ramène à l’Armistice pour nous rappeler la possibilité d’en vivre une, personnelle, chaque année.
Comment une trêve peut-elle être réellement possible ?
Comment en finir avec nos hostilités envers la vie et le bonheur ?
Comment incarner le « cessez-le-feu » qui nous inspire et qui nous semble incroyable et inatteignable ?

Il nous faut être lassés.
Lassés et encore lassés.
Après avoir longuement résisté au bonheur et à la vie, il nous faut ne plus avoir d’énergie pour lutter.
Alors arrive l’Armistice.
Alors nous savons que la fête sinistre et sans espoir est finie.
Nous lâchons nos défenses.
Nous cessons-le-feu d’être notre propre obstacle et ennemi.
Nous baissons nos armes.
Nous nous en remettons.
Nous nous rendons.
A la vie, à notre paix intérieure et à notre verre à moitié plein.
Nous choisissons d’être grand.

Pour terminer ce petit partage, je voulais vous faire connaître le film qui m’a inspiré le titre de mon article et qui me rappelle un de mes plus grands armistices à ce jour.
Il s’agit du film français « La fête est finie » avec Zita Hanrot et Clémence Boisnard.

On y raconte la rencontre entre Sihem et Céleste dans un centre de désintoxication, toutes deux dépendantes aux drogues, où elles se lient rapidement d’amitié.

Malgré leurs différences, Céleste et Sihem deviennent vite inséparables.
La volonté commune de se sortir de la drogue scelle leur amitié fusionnelle. Celle-ci sera autant une force qu’un obstacle lorsque, virées du centre qui les accueille, elles se retrouvent livrées à elles-mêmes, à l’épreuve du monde réel et de ses tentations.
Elles vont devoir se battre pour vivre enfin.

Se battre ? Pas vraiment.
C’est ce que Céleste va découvrir et c’est ce dont elle témoigne en son armistice et en cette fin de fête :

« Aujourd’hui, je peux tout faire.
C’est comme ça que je le sens.
Si je ne me défonce pas, je peux tout faire.
Et je vais tout faire !
Je veux que plus personne ne me traite mal.
Je ne veux plus me traiter comme une merde.
Comment est-ce que j’ai pu me faire autant de mal ?

C’est incroyable.
Qu’est-ce qui fait que je pensais que je ne méritais rien de bien ?

Aujourd’hui, je commence à espérer, à imaginer une vie, tout court.
Parce qu’avant, j’en avais pas !
J’ai beaucoup rechuté.
Je ne suis pas sortie d’affaire, je sais.
Mais ça fait depuis x temps que je m’accroche.
En fait, non.
Je ne m’accroche pas.
JE ME SUIS RENDUE, EN FAIT !
Je ne me bats plus et j’essaye d’écouter cette voix qui me dit de continuer et d’avancer. »

Faisons que notre 11 novembre 2021 soit un nouveau départ qui prépare notre Armistice intérieure même si, en ce temps d’Automne, le processus de métamorphose identitaire ne fait que commencer et est loin d’être achevé.
La mutation demande du Temps.
La paix demande encore plus de Temps…
Mais les choses peuvent aller drôlement vite lorsque nous nous rendons à notre plénitude et quand nous nous soumettons à ne plus nous faire du mal sous quelque forme que ce soit.
La Guerre est finie.
Les fêtes tolérables et intolérables d’auto-destruction aussi.

Goënaëlle